legoutdelecorceLa toile aurait tendance à vous asphyxier ? Le rythme de l’info en continu à vous lobotomiser ? Prenez 10 minutes de respiration en suivant le premier épisode d’Ardenne sauvage, un web documentaire réalisé par le photographe belge Martin Dellicour. Intitulé Le goût de l’écorce, ce premier volet propose un pas de côté frais et poétique dans le fracas du quotidien et suit la vie d’un artiste, Joost vivant au coeur du massif ardennais.

Une vision inattendue et kaléidoscopique de l’Ardenne

Pendant que l’Ourthe s’écoule en forêt d’Ardenne, Joost travaille le bois. Feu nourricier, charpente protectrice, sculpture totémique… Il le révèle dans bien plus de dimensions encore. A quelques pas de là, des castors eux aussi transforment leur environnement. « J’ai envie de valoriser cette Ardenne de manière originale et différente de celle d’un long documentaire. L’idée est de réaliser une série de portraits qui donnent une vision inattendue et kaléidoscopique de l’Ardenne. La beauté est à deux pas de chez nous « , détaille le concepteur du projet, Martin Dellicour.

Dépoussiérer le rustique
joost
Ce premier épisode propose le portrait d’un ardennais vivant avec la forêt, Joost.

Cet habitant d’Erezée près de Durbuy (Ardennes belges), passionné par la nature et la vie sauvage s’est associé avec trois autres personnes pour l’aboutir : Anne Leidgens, l’illustrateur Julien Engledert, et un autre passionné de vidéo et de photo Arnaud Matagne. Tous ensemble, ils veulent « dépoussiérer » l’image d’Epinal d’une Ardenne « rustique ». La forme du webdocumentaire , elle aussi très contemporaine, « faisait partie de la réflexion sur le fond et sur la forme ». Elle permet de travailler sur du plus long terme et montrer le sujet sous plusieurs angles.

Sur le site internet où est diffusé le film, un carnet de bord est tenu par l’équipe qui présentera pour chaque étape des dessins, des récits, des photos… Le web documentaire Ardenne Sauvage devrait compter au minimum neuf épisodes, diffusés tous les deux ou trois mois, et montrer une Ardenne variée et contemporaine avec des incursions au Luxembourg  et en France. A chaque fois, il s’agira de présenter un artiste ou un artisan lié au terroir de l’Ardenne. « Nous voulons montrer cette passerelle qui existe entre l’artiste et l’environnement bouillonnant autour de lui ».

Un premier film primé au festival nature de Namur

ardennes-sauvagesLe format web induit aussi un aspect participatif et permet au spectateur d’interagir plus facilement, en faisant par exemple des propositions de personnes peu médiatiques mais entrant dans le champ. Le web documentaire offre encore la possibilité de travailler sans gros investissement financier (mis à part le lancement du site grâce à quelques mécènes et  à condition d’avoir une autre source de revenu bien entendu), tout en offrant le temps « d’une démarche contemplative » sans obligation de rendement immédiat. Martin Dellicour a par exemple pu nicher plus de 40 heures au bord de l’eau pour voir les castors qu’il espérait.

Photographe professionnel depuis plus de 15 ans, il est habitué à la photographie animalière entre autres et voyage pour assouvir sa passion.  Côté caméra, son travail est plus récent. Il a commencé il y a deux ou trois ans, mais c’est son premier documentaire. Auparavant, il a réalisé deux films de fiction dont Gnomes, grand prix du Festival nature de Namur en 2014. Un travail beaucoup plus facile, selon lui : « l’histoire était écrite à la virgule près avant de commencer le tournage. Là c’est différent, nous sommes témoins d’une réalité ». Ce qui ne l’empêche pas de nous faire rêver.